Les visiteurs du soir : une histoires du théâtre au Québec T.1

Collection : L'Instant scène

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Cet ouvrage magistral est l’aboutissement de près de quarante ans d’un travail minutieux et érudit. Éminent chercheur, professeur émérite, André G. Bourassa avait une connaissance encyclopédique du théâtre et de son histoire ; son travail de recherche en fait foi. Quelques mois avant son décès, survenu en février 2011, il avait entrepris avec Chantal Poirier de revoir les articles qu’il avait écrits et, pour certains, publiés dans des revues spécialisées afin d’en faire un ouvrage qui retracerait les pratiques théâtrales au Québec. Familière de la pensée d’André Bourassa, Chantal Poirier a poursuivi le travail amorcé. La période couverte commence avec le théâtre amérindien et se poursuit jusqu’en 1985. La somme de ces recherches ne peut manifestement pas tenir en un seul volume, et deux tomes sont prévus : le premier s’échelonne des origines à 1900 et le second (à venir en 2013) abordera le xxe siècle jusqu’en 1985.  Le premier tome montre notamment qu’on a souvent recouru à l’art théâtral pour tenter d’influencer le peuple, à commencer par les Amérindiens à qui les premiers Européens présentaient des mystères. Ces représentations à saveur religieuse sont suivies de près par un théâtre collégial dont le répertoire, tout aussi religieux, est essentiellement issu de la congrégation des Jésuites.  Parallèlement à ce théâtre à saveur religieuse, il y a présentation de quelques soirées mondaines dans des palais d’intendants et autres notables. Elles constituent en fait les pierres d’assise du théâtre de société qui perdurera au-delà de la Nouvelle-France.  Le xixe siècle montre qu’il n’y a pas que le clergé qui comprenne l’influence que peut avoir le théâtre sur le peuple. Les Jeunes Messieurs Canadiens, et certains de leurs adversaires politiques, useront de dialogues publiés dans les journaux à des fins électoralistes, notamment lorsque douze de ces derniers se présenteront aux premières élections découlant de l’Acte Constitutionnel de 1791. Au début de la deuxième moitié du xixe siècle, les amateurs sont surtout regroupés dans des Cercles littéraires répartis dans plusieurs villes ceinturant Montréal. Ces organisations de même que quelques collèges et séminaires présentent un théâtre essentiellement français, et le répertoire y est rigoureusement balisé. Le répertoire national est plutôt négligeable et peu de textes sont passés à l’histoire. Les quelques pièces de ce répertoire sont, elles aussi, judicieusement choisies pour promouvoir les bonnes valeurs de la société canadienne-française.  Il y a bien quelques auteurs qui se commettront, comme Quesnel ou Fréchette, mais il faudra attendre quelques années encore pour voir naître une parole francophone qui rayonne en Amérique du Nord. Ce n’est qu’après la Guerre d’indépendance américaine que sont jetées les bases d’un théâtre professionnel accessible aux citoyens du Bas-Canada. C’est essentiellement grâce à un réseau de tournée instauré à Boston que transitent les troupes à travers les grandes villes du Nord-Est américain. Mais c’est un répertoire essentiellement anglophone qui est montré au public par des troupes formées, ironiquement, de plusieurs artisans ayant fui la France. Ces derniers auront cependant une influence remarquable sur l’instauration d’une certaine tradition théâtrale, notamment en fondant des écoles de formation artistique à Montréal ou à Québec. Leur passage permettra également à certains amateurs de côtoyer des gens de métier et permettra la diffusion d’un théâtre francophone profitant de certaines infrastructures mises en place pour les troupes de tournée.  Le théâtre professionnel de la deuxième moitié du xixe est alors inclus dans ce qu’on peut d’ores et déjà qualifier d’industrie culturelle qui permet au public de voir de grands artistes internationaux fouler les planches à Québec et à Montréal. Cependant, le répertoire de ces troupes de passage – et surtout de leurs promoteurs – laisse deviner un plus grand souci des retombées financières que de la valeur artistique. Cette situation pourrait avoir retardé la mise en place d’un véritable système de théâtre professionnel. À la fin du xixe siècle, le réseau de tournées est bien rodé et les vedettes se présentent à Montréal et à Québec au gré des programmations des trusts américains établis notamment à New York et à Boston.  Cette période se caractérise donc principalement par la mise sur pied d’infrastructures et la construction de salles de spectacles qui permettront une diffusion du théâtre dans les grands centres. De même, les cercles littéraires donneront accès au théâtre à des amateurs, qu’ils soient artisans ou spectateurs. Les pierres de la fondation sont en place.

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