Golfeur et le Millionnaire (Le)

Éditeur QUEBEC AMERIQUE
Paru le
Papier ISBN: 9782890378827
Numérique - Epub Protection: filigrane ISBN: 9782764421048
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Numérique - Pdf Protection: filigrane ISBN: 9782764420997
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Extrait : À Muktananda Pour Deborah Chapitre 1 Où le golfeur voit mourir ses rêves Il était une fois un homme qui ne croyait pas en lui. Pour quelle raison? À vrai dire, il ne le savait pas... Mais c'était peut-être tout simplement parce que ses parents – et surtout son père – n'avaient jamais cru en lui. Golfeur de profession, il n'avait jamais réussi à accéder au circuit de la P.G.A.* (ce qui était son véritable rêve) et il devait se contenter de vendre des balles et de donner des leçons aux membres d'un club très sélect... Côtoyer quotidiennement ces gens, qui avaient tous sinon réussi leur vie, du moins réussi dans la vie, accentuait le sentiment de son propre échec. Pourtant, jeune, il avait été habité par la certitude qu'un jour son nom brillerait au firmament des grands du golf, à côté de ceux d'Arnold Palmer, Jack Nicklaus, Tom Watson, Nick Faldo, Greg Norman, Fred Couples, Nick Price... Ses brillants succès à l'université permettaient tous les espoirs. Mais hélas! une fois venu le temps des qualifications de la P.G.A., son élan, pourtant très sûr à l'université, l'avait mystérieusement laissé tomber et son talent sur les verts l'avait abandonné, comme des ministres qui s'éloignent spontanément d'un président malade ou défait. À trente ans, il avait finalement renoncé. Ne fallait-il pas, comme on le lui avait tant de fois répété, se «faire une raison», cesser de rêver en couleur? Son père lui avait d'ailleurs mille fois seriné qu'il n'avait aucun talent. Il aurait simplement dû le comprendre plus tôt. Une petite voix intérieure, de plus en plus faible il est vrai, aussi ténue qu'un murmure, lui soufflait pourtant qu'il avait tout pour réussir, que ce n'avait été qu'un malheureux concours de circonstances, qu'il avait joué de malchance... C'est ce qu'il se disait à ce moment-là, sur le terrain d'exercice du club de golf qu'éclairait la lumière rosée du soleil couchant. Comme un automate, comme un maniaque plutôt, il avait bien dû frapper deux cent cinquante, peut-être trois cents balles d'affilée, toujours avec le même bâton, son bois n° 1. Il avait beau avoir frappé des centaines de balles en cette belle fin de soirée du mois de mai – et des centaines de milliers dans sa carrière –, il ne se lassait jamais d'admirer un beau coup. D'abord la sensation de frapper la balle entre «les quatre vis», puis son vol blanc dans le ciel bleu, et cet instant magique où, au plus haut de sa trajectoire, elle semble une fraction de seconde immobilisée dans les airs, comme en état d'apesanteur, avant de retomber au sol et de rouler dans l'herbe verte de l'allée. Un sentiment glorieux l'envahissait devant le spectacle d'un coup réussi, surtout un coup de départ, un sentiment de puissance, certes, mais aussi de liberté, d'exaltation, comme si c'était lui qui s'envolait à la place de la balle. Le rêve de voler est peut-être plus profond qu'on ne croit dans l'âme de l'homme... Cette émotion fut plus intense qu'à l'habitude devant son dernier coup, car sa balle parcourut la distance phénoménale de trois cents verges, ce qui lui arrivait plutôt rarement. Cette fierté fut vite assombrie par tout un train de pensées qui le hantaient depuis des années. La constatation de son propre talent exacerbait son amertume de golfeur frustré. «Je peux frapper trois cents verges, se dit-il pour la millième fois peut-être, et je ne suis jamais arrivé à me qualifier...*» D'une certaine manière, même s'il avait renoncé à la compétition, il n'avait jamais accepté ses revers et continuait de les trouver incompréhensibles. Il était certainement né sous une mauvaise étoile.

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